13.7.08

Solas

Le pére, la mére, le fils, la fille

Le père s’est pendu
à la place de la pendule.
La mère est muette.
La fille est muette.
Le fils est muet.
Tous les trois suivent
le tic-tac du père.

La mère est de l’air.
Le père vole à travers la mère.
Le fils est un des corbeaux
de la place Saint-Marc à Venise.
La fille est un pigeon voyageur.

La fille est douce.
Le père mange la fille.
La mère coupe le père en deux
en mange une moitié
et offre l’autre à son fils.

Le fils est une virgule.
La fille n’a ni queue ni tête.
La mère est un œuf éperonné.
De la bouche du père
pendent des queues de mots.

Le fils est une pelle cassée.
Le père est donc forcé
de labourer la terre
avec sa longue langue.
La mère suit l’exemple de Christophe Colomb.
Elle marche sur ses mains nues
et attrape avec ses pieds nus
un œuf d’air après l’autre.
La fille raccommode l’usure d’un écho.
La mère est un ciel gris
où traîne en bas tout en bas
un père en papier buvard
couvert de taches d’encre.
Le fils est un nuage.
Quand il pleure il pleut.
La fille est une larme imberbe.

De Le voilier dans la forêt, Jean Arp

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