30.1.08

Bellas artes o artes decorativas?

Vase bachelier avec bananes, Richard Millet, (voici le kitsch).

Pour ou contre le décoratif?

Pour la première fois, cette question indissociable des beaux-arts constitue le thème d’une exposition à ne pas manquer

Louise Grenier, directrice du Centre d’exposition
Pour le profane, une œuvre d’art a nécessairement un aspect esthétique qui lui confère un caractère tant soit peu décoratif. Pour le spécialiste et pour le conservateur de musée, le mot «décoratif» est plutôt péjoratif. Cette attitude de la part du milieu a même suscité une réaction de certains peintres qui se sont faits les défenseurs du décoratif.
Pour la première fois au Québec, une exposition itinérante du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) a été conçue sur ce thème aussi éternel qu’inévitable. Le public peut présentement la visiter au Centre d’exposition de l’Université de Montréal, la seule présentation prévue dans la métropole.
«Plusieurs raisons nous ont amenés à accueillir cette exposition, explique Louise Grenier, directrice du Centre. Il s’agit d’une part d’une approche inédite articulée autour d’une interrogation – l’art doit-il être non décoratif? – et de la façon dont les artistes perçoivent la question. L’exposition regroupe par ailleurs des œuvres québécoises majeures rendues accessibles au public. Ces œuvres permettent de replacer dans leur contexte certains tableaux de la collection de l’Université qui ont été produits par des artistes de cette exposition. Les étudiants en design, en histoire de l’art et en design d’intérieur pourront quant à eux y faire leurs recherches sur les plasticiens et sur l’esthétique en art.»
Décoratif!?
Intitulée Décoratif! Décoratifs?, l’exposition présente une soixantaine de pièces, principalement des peintures mais aussi des sculptures, des collages et des photos, regroupées en quatre sous-questions: Décoratif ou antidécoratif? Surface ou profondeur? Objet ou sujet? Séduction ou dégout?
On trouvera dans le premier groupe des artistes de renom, dont Alfred Pellan, Jean Dallaire et Charles Daudelin, pour qui la peinture revêt un rôle décoratif.

Alfred Pellan avouait faire de l’art mural et s’est d’ailleurs inspiré des tapisseries brodées, tout comme Jean Dallaire. Cela a valu à leurs productions d’être parfois taxées d’artisanales. Ce qualificatif ne découragera aucunement Charles Daudelin, qui se désignait lui-même comme un «maitre artisan».
En opposition à cette école, l’exposition nous fait découvrir des plasticiens, comme Jauran (Rodolphe de Repentigny), qui recherchent la forme parfaite expurgée de tout élément figuratif et de tout romantisme. Cette approche conduit à l’exploitation extrême de la surface pour donner les fameux monochromes, qu’on aime ou qui nous exaspèrent, tel ce Grand Portrait noir, de Jean-Marie Delavalle, qui se résume à un carré d’acrylique noir.
À elles seules, les céramiques de Léopold Foulem parviennent à illustrer tout le paradoxe du thème de l’exposition. Alliant à la fois un aspect décoratif et un côté anti-utilitaire, ces céramiques – qu’il nomme paradoxalement Abstraction – s’inspirent de vases dont le rôle fonctionnel est rendu impossible par l’obturation de l’ouverture; l’intérieur disparait et l’objet devient ainsi une surface.
Le dégout décoratif
Le questionnement artistique a également eu pour effet d’amener l’utilisation d’objets de la vie quotidienne dans les œuvres d’art, une source d’inspiration illimitée et exploitée à toutes les sauces, notamment par le pop art. L’introduction d’objets dans un contexte autre que leur raison d’être vise une critique de la société, voire un discours idéologique, qui rompt avec l’esthétisme attendu d’une œuvre d’art. L’Opicpapel, de Pierre Amyot, où une pelle et un râteau véritables se prolongent dans une toile, à moins que ce ne soit l’inverse, en est une bonne illustration.

Cette rupture avec l’esthétisme finit par conduire à l’ironie et ultimement au mauvais gout délibérément recherché, thème de la quatrième partie de l’exposition. Ici, le kitsch, en tant qu’opposition au canon du bon gout, est réhabilité et son extravagance peut même offrir un côté décoratif, voulu ou non. C’est le cas de ce Vase chinois bachelier avec bananes, de Richard Milette.
«L’art a bien le droit d’être kitsch», affirmait Denis Rousseau, qui nous présente pour sa part une photo de son Bébé dans un immense cadre qui s’ouvre sur la Berceuse de Brahms jouée par une boite à musique.
Par ses recoupements parfois déconcertants, cette exposition nous montre en fait que l’art qui cherche à faire réfléchir peut ainsi être décoratif, alors que celui qui se veut explicitement décoratif peut aussi faire réfléchir.
Conçue par Paul Bourassa, conservateur aux expositions au MNBAQ, Décoratif! Décoratifs? se tient jusqu’au 23 mars au Centre d’exposition, situé au pavillon de la Faculté de l’aménagement. En parallèle à cette exposition, M. Bourassa prononcera une conférence sur le même thème aux Belles Soirées et Matinées le 19 février.
Daniel Baril

expo.umontreal.ca
bellessoirees.umontreal.ca
Extraído del boletín Iforum de la Universidad de Montreal.




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