26.11.06

Kerouac, desesperanzado (y van...)


Ravagé de désespoir, dévoré par le succès

En revanche, les vieux alpinistes seront comblés par ces inédits, ce côté brouillons, work in progress. Kerouac empile les adjectifs, les points de suspension. Il écrit dans sa chambre de Lowell (Massachusetts), il écrit à l'Université de Columbia, il écrit partout. C'est un graphomane doué, infatigable, généreux, inspiré. Sans s'en apercevoir, il invente un style bien à lui, inimitable, que Truman Capote qualifiera plus tard avec malveillance de « dactylographie ». Sur sa table de nuit repose un recueil de William Saroyan. Son credo est simple : « Souviens-toi par-dessus tout, Petit, qu'écrire n'est pas difficile, pas douloureux, que ça jaillit de toi avec aisance, que tu peux balancer une petite histoire à toute vitesse. » Il a illustré ce précepte tout au long de sa brève vie. (Il est mort à quarante-sept ans, ravagé d'alcool et de désespoir, dévoré par le succès et l'incompréhension.)

Son écriture bat comme un coeur. Du jazz, les livres qu'il aime, des échos whitmaniens, la ville aux odeurs si particulières, de la naïveté - elle est de son âge -, de la philosophie de bazar - idem - et un appétit à bouffer le monde tout cru, ces vignettes tracent le dessin d'une formation, le puzzle d'une jeunesse. Le volume contient également un récit d'une centaine de pages où l'on reconnaîtra sous des noms d'emprunt Allen Ginsberg et William Burroughs. Discussions sur les bancs de la faculté, commentaires pédants de Nietzsche, cendriers remplis de mégots, bars enfumés, jalousies féminines, ces étudiants dissertent à perte de vue dans un New York en noir et blanc. « Il était minuit, on a donc parlé de l'éternité et de l'infini et du gouvernement et des communistes et des femmes et des choses et même de pièces de théâtre. » Difficile de ne pas se joindre à la conversation.

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